Le point final

Il y a les petites et les grandes réussites. Par définition, une victoire au Nanowrimo s’inscrit dans la seconde catégorie. De quoi vous donner un sourire idiot pendant quelques jours. Un sourire que personne bien sûr ne comprendra. Il faut presque l’avoir vécu pour savoir. Alors vous sourirez, et d’autant plus parce que vous serez la seule à comprendre pourquoi.

Surtout, quand on cherche à l’expliquer, on commence irrémédiablement par dire : « j’ai gagné le nanowrimo ». Suite à quoi il faut préciser que c’est le mois du roman. Et après cela, les yeux de l’interlocuteur s’éclairent, et il faut rétablir la vérité. « Non mais j’ai rien gagné en fait ». Comment sinon expliquer l’inutilité de la chose ? Un mois d’écriture pour… le simple plaisir d’avoir achevé un mois d’écriture ? C’est totalement ça et c’est ce qui donne à la fois la pêche et le sourire.

Mais cette année, j’ai eu le droit à un bonus. Des bonus même. Le sprint final m’a amené un peu d’adrénaline supplémentaire, ce que je ne souhaitais pas forcément, mais qui avec le recul s’avère au final sympathique. En espérant que cela ne se reproduise pas, bien sûr, l’année prochaine. Autre bonus, ma partenaire de crime, qui pour le coup a sauvé mon Nano. Julie, je ne suis pas certaine que j’aurais atteint une telle rapidité à la demi-heure sans toi.

Enfin, et surtout, pour la première fois de ma vie j’ai apposé un point final sur un de mes romans. De toutes mes webséries, je n’en ai jamais finie aucune. Mes fanfictions, elles, ont vu leur dernier jour arriver. Mais elles sont bien les seules. Et elles ne sont pas mes enfants à part entière. Mon nano 2007 est lui resté profondément inachevé. Clairs Obscurs a été publié sur le papier, une fois, par mes propres soins. Mais son dernier point n’en est pas un. Il laisse tout ouvert et se contente d’une introduction, à peine d’un développement.

Cette année, j’ai écrit un point final. Il était peut-être prématuré. La sensation d’avoir bâclé quelque chose demeure en moi. Comme si j’avais trop écrit sur des détails pour m’en arrêter maintenant. Comme s’il manquait des bouts, ce que je déteste généralement dans les œuvres que je vois. Je n’aime pas avoir à m’imaginer la fin. Parce que je ne serais jamais sûre. Et pourtant, cette fois, j’ai laissé des trous volontairement. Et je l’ai revendiqué.

Cette histoire n’avait rien de prévu. Elle n’a jamais été planifiée. Les personnages, eux, devaient suivre un chemin. Ils ont quitté la route dès les premières lignes. L’histoire dans l’histoire ne devait pas être écrite. Elle m’a au final relancée chaque fois où j’hésitais. Et dans tout ce qui pourrait ressembler à un fouillis, j’ai une sensation bizarre de cohérence. Comme si ce roman correspondait tout d’un coup à une part de moi. Comme s’il disait quelque chose de ce que je suis sans que je puisse le comprendre réellement.

Nanowrimo c’est meilleur qu’un psy, au fond. Et j’ai la sensation d’avoir fait quelque chose de bien, même si je ne suis pas convaincue de sa qualité. Et ce quelque chose m’a aidé. Il m’a permis de cerner ce que je voulais écrire et la manière dont je pouvais le faire. Alors un mois pour rien d’autre qu’écrire ? Oui. Mais certainement pas un mois pour rien.

Au jour 22

27 466 mots. Ils devraient être 36 667, au moins.

5 chapitres. Il devrait y en avoir 7.

Oui mais voilà, le Nano est un marathon, et comme tous les marathons, il suffit qu’on tombe sur un caillou, qu’on glisse un peu, ou même qu’un spectateur nous fasse de l’œil et la concentration s’envole. Elle kidnappe la régularité au passage.

J’ai pris beaucoup de retard dans mon histoire. Un retard qui ne devrait pas m’effrayer si seulement j’avais une quelconque idée de l’endroit vers où je me dirige. Car le Nano 2009 est plein de surprises, pour la bonne et simple raison qu’il n’a pas été préparé. En temps normal déjà mes personnages m’échappent, mais ce mois-ci, ils ont carrément pris leur indépendance. Et au diable la maman.

A la base ils étaient trois. Un gentil trio nommé en C. Calliope, Corentin et Cassandra. Aujourd’hui, ils sont quatre. Clio s’est incrustée dans la partie pour prendre le premier rôle à ses trois comparses. Et elle a amené avec elle une brouette de nouveaux amis, Zanzare, Mouka et Thomas Morgan pour ne citer qu’eux. Elle a aussi totalement renversé le postulat de départ qui avait déjà été pas mal remanié.

Mais loin de lui en vouloir, j’étais reconnaissante. Elle m’a permis de repartir, de reprendre de l’élan tandis qu’à bout de souffle je voyais difficilement comment tenir encore trois semaines…

Aujourd’hui, il ne reste plus qu’une semaine et je suis à nouveau essoufflée. La vie a repris son cours et ses droits sur l’écriture régulière. Mon planning ressemble à un champ de bataille la nuit tombée, et je me débats pour trouver ne serait-ce qu’un peu de temps. Le pire étant que quand les heures sont libérées, je reste à regarder ma page sans lui ajouter quoique ce soit.

Mais il le faut. C’est la règle du Nano. Là où en temps normal j’aurais laissé tombé, remis à plus tard en attendant de voir, je vais cette fois me lancer. Une fin de journée pour rattraper le retard? Je sais le pari perdu d’avance, mais tant qu’on s’efforce à y croire, au moins le compteur augmente.

Le tableau n’est toutefois pas si noir… Il y a des passages auxquels on s’attache. Chapitre 5, deuxième partie:

Elle pensa automatiquement qu’il ne le méritait pas. Elle l’avait toujours respecté. Mais il allait des illusions comme de toutes les vérités, un jour ou l’autre, elles se retrouvent brisées. Il allait falloir apprendre à le reconsidérer. A tirer un trait sur ses qualités. Et à détester ces deux lettres. T et M. Comme une marque au fer rouge qui ne s’effacerait pas.

Le bon moment

Il y a ce réflexe idiot, celui de toujours repousser à plus tard. « Quand on aura plus de temps ». Et parfois, se greffe à ce réflexe un sentiment tout aussi dramatique : l’illusion que le simple fait d’attendre rendra les choses plus belles, plus faciles… Presque évidentes. Mais le temps qui s’écoule n’arrange rien, et l’on se retrouve au même point, avec en plus le regret de ne pas s’y être mis plus tôt.

C’est le propre d’un réflexe. Il ne peut s’empêcher. Alors, à chaque fois, il revient. Et amène toujours la même conclusion. Il est trop tard. Beaucoup trop tard.

Il est trop tard pour poster ce premier billet que je voulais voir arriver un 1er novembre. Et en même temps, il est trop tôt : j’aurais dû attendre, prendre le temps de poser mes mots. Encore plus de temps. Beaucoup plus. Et différer. De novembre à décembre, de janvier à août… Qui sait ?

Vendredi 20 novembre. Un moment comme un autre. 20 jours trop tard. Quelques jours trop tôt. L’écriture ne se planifie pas. Et bien souvent, il faut la forcer la fainéante. Alors voilà. Je la force, je me force. Parce que cela aurait pu durer des mois. Parce que je voulais vivre ce NaNoWriMo 2009 sur ce site. Parce qu’il faut bien commencer un jour. Et aujourd’hui n’est pas si mal.